De l'autre côté du miroir n°1

lundi, 09 septembre 2013 00:00

De la compétitivité

Comme aujourd’hui, je dispose de temps, il m’arrive de lire les journaux avec plus d’attention.

Dans cet article du Monde (mardi 9 juillet)*, plus que l’homonymie du patronyme de la journaliste avec le mien, c’est le titre et, surtout, sous-titre de l’article qui ont retenu mon attention :

« Chrono Flex, le pari gagnant de l'autonomie et de la coordination
la société nantaise s'est redressée en redistribuant le pouvoir »

A lui seul, un article qui flaire bon la nostalgie !

J’ai lu l’article et je n’ai pas été déçu !

Voilà un patron d’entreprise qui laisse ses salariés s’occuper de l’organisation pendant que lui se lance à la recherche de nouveaux marchés ! En pleine période de crise !

Et cette organisation est fondée sur la confiance faite aux salariés et l’autonomie qui leur est laissée…

Dans cette entreprise, il est question de favoriser les initiatives (de ses salariés) en plaçant tout le monde sur un pied d’égalité, les signes de pouvoir sont rangés aux oubliettes, plus de beaux bureaux individuels, plus de places de parkings attitrées – plus de véhicules de fonctions allemands ?

Bref, nous sommes entre l’autogestion et l’anarchie au sens politique du terme…

Pas tout à fait ? Le budget, les valeurs, et les orientations stratégiques de l’entreprise restent de la compétence des dirigeants. Ouf !

Mais c’est surtout la fin du contrôle permanent et du reporting.

Pourtant, le chiffre d’affaires a augmenté, la réactivité et le délai de décision se sont considérablement amélioré (2 jours pour prendre une décision, contre 5 semaines auparavant !) et les indicateurs ressources humaines passent au vert, l’absentéisme baisse de 4 points, le turn-over de 9%.

Ce que l’article ne dit pas, mais que la journaliste m’a raconté, c’est la devise de ce patron d’entreprise :

« Il n’y a pas de performance sans bonheur et il n’y a pas de bonheur sans responsabilité » !

***

Tout cela m’a remis en mémoire ce que j’ai entendu à la dernière réunion de l’Observatoire Social International **, le 11 juin dernier, sur les thèmes « Travail, Dialogue social et engagement »…

La plupart des participants s’accordaient sur ce message clé : « Et si le levier de la compétitivité était simplement le bien-être au travail ? »

Et si, aujourd’hui, les sociétés les plus performantes étaient celles qui cassent l’organisation classique du travail, fondée sur le modèle hiérarchique, en lui substituant, comme chez ChronoFlex, une autre, s’appuyant sur l’autonomie et l’initiative des salariés, leur faisant confiance et leur laissant une part importante de responsabilités.

Et assurer des responsabilités, en ayant la confiance de ses managers et de ses pairs, dans le respect de son autonomie, avec la possibilité de prendre des initiatives, ne serait-ce pas le cadre du bien-être au travail ?

Et pour améliorer la compétitivité des salariés français, ne serait-il pas venu le temps de leur donner un plus de bonheur au travail, histoire de leur redonner un peu d’optimisme, eux que les medias rituellement – tous les soirs, à 20 heures – dépeignent sous les traits d’anxieux, irrémédiablement pessimistes.

Façon de sortir aussi du débat sans cesse éludé du temps de travail, car un homme ou une femme, heureux ou heureuse, au travail ne mesurera certainement pas son temps de la même façon que celui qui s’y ennuie, ou y souffre.

* http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/07/08/chrono-flex-le-pari-gagnant-de-l-autonomie-et-de-la-coordination_3444019_3234.html

** Observatoire Social International : http://www.observatoire-social-international.com/

PS. Histoire de continuer la réflexion, je vous conseille de lire le livre « Liberté et compagnie », paru aux éditions Fayard, écrit par Isaac GETZ, psychologue, professeur à l’ESCP Europe, et Brian Mac Carney, consultant.

Vous pourriez lire aussi « Un sultan à Palerme », très beau livre, qui n’a rien à voir avec le sujet précédent.

Billets récents