Quand l'analyse des chiffres conduit à l'abolition du droit de grève en France

jeudi, 27 novembre 2014 16:44
 
 

Ce dernier mois, il a souvent été question de chiffres dans les medias. Ainsi, nous avons appris :
- que les actionnaires d’Alstom allaient toucher entre 3,5 et 4 milliards d’euros, sur les 12,5 milliards versés par General Electric pour le rachat des activités énergétiques d’Alstom,
- que la retraite sur-complémentaire de Monsieur Mestrallet s’élèverait à 800.000 euros par an,
- que la CGT avait dépensé 130.000 euros pour la rénovation de l’appartement de fonction de M. Le Paon, son secrétaire Général, plus 65.000 euros pour la réfection de son bureau,
- et que le salarié de base  du Royal Monceau, hôtel parisien de luxe, après 35 jours de grève va gagner de 60 à 103 euros de plus… par mois.


Ces chiffres sont cités par les medias, mais aucune accusation de malhonnêteté n’apparait,

- le conseil d’administration d’Alstom a le droit de distribuer à ses actionnaires partie de la manne versée par GE, même si on peut considérer que cette manne serait mieux utilisée pour développer l’entreprise,

- la retraite de Monsieur Mestrallet est tout à fait légale, elle lui a été attribuée tout à fait régulièrement,

- Monsieur Le Paon n’a rien demandé à personne, et c’est à juste titre son organisation qui va prendre en charge les frais de  réfection de son appartement et de son bureau, ce qui n’est pas choquant vu le poste qu’il occupe et les responsabilités qu’il assume (il ne gagnerait pas plus de 2.300 euros par mois, ce qui, pour un homme qui assume de telles responsabilités peut sembler un peu court, et qui permet de comprendre qu’il ne puisse prendre en charge ni la réfection de son appartement, ni son loyer),

- et bien sûr les grévistes du Royal Monceau, les femmes de chambre, gouvernantes, valets, équipiers, cuisiniers, serveurs, barmans et plongeurs, n’ont fait qu’utiliser un droit constitutionnel, le droit de grève…pendant 35 jours d’affilée.


Sauf qu’avec l’argent d’Alstom qui va aller aux actionnaires, nous pourrions offrir 4.375 années de retraite à Monsieur Mestrallet, nous pourrions rénover 26.923 appartements pour Monsieur Le Paon ou un autre Secrétaire Général,  et nous pourrions financer les augmentations de salaires des 300 salariés (sans les cadres non-grévistes) du Royal Monceau pendant 6.293 années.
De son côté, avec sa retraite, tous les ans, Monsieur Mestrallet pourrait financer presqu’une année et demi d’augmentation des salariés du Royal Monceau (avec les charges !). Le coût des travaux de l’appartement de Monsieur Le Paon financerait à peine les 3 premiers mois d’augmentation.


Bien sûr, je délire, me direz-vous, et je manipule des chiffres qui ne sont pas comparables, et qui ne sont pas du même ordre d’idées…
D’accord.
Mais si nous raisonnons en termes de risques, quels sont ceux qui en ont pris le plus ?
Pas les actionnaires d’Alstom …Apprécions néanmoins que les salariés possèdent 1,27% du capital, et du coup nous pouvons considérer qu’ils vont gagner quelque chose dans cette histoire, ce sera bien la seule fois.
Saluons Monsieur Mestrallet, qui a fait une belle carrière, mais question risque, quand on est diplômé de l'Ecole Polytechnique, ingénieur de l'Aviation Civile et ancien élève de l'Ecole Nationale… Son parcours a été certes, comme pour tout un chacun, semé d’embûches, mais celles-ci peuvent paraître relatives…Voyez Monsieur Varin, polytechnicien lui aussi, n’a pas surperformé à la tête de PSA, mais il a retrouvé très vite un poste à la tête d’Areva…
Que dire de Monsieur Le Paon ? Certes, en termes d’embuches, il doit en connaître un rayon du fait de sa carrière rectiligne au sein de son organisation…Et il doit avoir une petite idée de la raison qui fait que le prix de la réfection de son appartement est tombé dans le domaine public…
Non, ceux qui ont pris le maximum de risques – 35 jours de grève, rendez-vous compte, en pleine crise ! - ce sont les 70 grévistes du Royal Monceau : et pour gagner de 60 à 103 euros de plus par mois (dixit le délégué syndical CGT) !


Qu’en pense Monsieur Gattaz, le très communicant patron du MEDEF ? Ne nous étonnons pas s’il nous annonce demain qu’il faut supprimer le droit de grève en France ! Pour créer des emplois !

 

Bertrand Lumineau
 

 

 

 

 

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