De l'autre côté du miroir n°9

vendredi, 11 avril 2014 19:17
 
 

En Mai, fais ce qui te plait,

Ou  Marion Cotillard et Pierre Gattaz sont dans un bateau…

Quand je suis sorti de la salle de cinema, après avoir vu le film «  Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, ma première pensée a été pour Pierre Gattaz… Au fond, me disais-je, Pierre Gattaz et le petit patron de Sandra -Marion Cotillard- tiennent le même raisonnement : pour maintenir la compétitivité de l’entreprise, économisons sur la masse salariale, plus que sur l’emploi… En deux mots, payons moins les salariés, ou partageons les salaires. Je crois avoir entendu ce refrain au moment du débat sur les 35h…
Mais sur ce plan, Pierre Gattaz, patron des patrons, va beaucoup plus loin que le petit patron, car il ne lui a pas échappé que le chômage touchait notamment les jeunes1 . Et il a trouvé la solution : employons-les et  payons-les, certes, car : « Il vaut mieux quelqu'un qui travaille dans une entreprise avec un salaire un peu moins élevé que le smic, de façon temporaire et transitoire, plutôt que de le laisser au chômage »2

...mais pas très cher, 600 à 700 euros par mois…

des chiffres qui font rêver !

Mais c’est un concept nouveau, une innovation, Pierre Gattaz l’appelle le « smic intermédiaire » – mais entre quoi et quoi , on ne sait pas – et transitoire –mais il ne donne pas de précision sur la durée de ladite transition- , le  « smic jeune » en fait, même si Pierre Gattaz s’en défend.
Autant de vocables qui donnent effectivement envie…

J’exagère : non, les jeunes ne seraient pas payés seulement 600 ou 700 euros par mois, la différence avec le smic, le vrai, le smic adulte, 1455 euros bruts par mois, serait versé par… l’Etat.
Nous avons du mal à comprendre : Pierre Gattaz, le pourfendeur de la dépense publique, érige l’Etat en dispensateur d’allocation attribuée sans contrepartie... Les jeunes apprécieront de se voir l’objet de la charité, même publique, cela correspond tout à fait à leurs attentes.
Raisonnement vraiment surprenant….


Mais qui prend tout son sel quand s’ouvre un peu plus tard dans les medias un autre débat sur le salaire, que dis-je ?, la rémunération des patrons des sociétés du CAC et des grands groupes…
Et qu’apprend-on ? Pas mal se sont trouvés augmentés en 2013. Pourquoi, alors que les résultats sont en baisse ?3  Tout simplement parce que les règles d’attribution des bonus établis par les très consciencieux comités des rémunérations – on est dans l’éthique - conduisent à ce résultat : la société "performe" moins, mais le bonus du ou des dirigeants "performe" mieux. Pour ma part, j’avais compris  l’éthique d’une autre manière, quand la crise les conduit à bloquer les évolutions salariales de leurs collaborateurs, les dirigeants bloquent leur rémunération aussi, et toute leur rémunération.

Certes, le film des Dardenne est une fable, mais je trouve qu’ils appréhendent mieux la réalité d’aujourd’hui que le patron des patrons, et qu’ils communiquent mieux….A la place de Monsieur Gattaz, j’embaucherai une équipe de communicants4 , cela n’augmentera pas beaucoup la masse salariale du MEDEF, ou alors l’équipe com de l’excellent Bernard Lafont, le PDG de Lafarge, et futur n°2 de LafargeHolcim : pendant que le gouvernement s’employait à retricoter le deal un peu low cost de M. Kron avec GE, lui passait son temps à communiquer Urbi et Orbi sur les bienfaits de l’absorption de son groupe –français- avec cet autre -suisse alémanique-au nom de la culture européenne. Et jusqu’aujourd’hui, tout le monde croit ce qu’il dit...

Et Marion Cotillard, dans tout cela ? Je vous renvoie à l’article de Michel Guerrin (Le Monde du 30.05.2014)5 , «Quand elle ne parle pas de son métier, Marion Cotillard n'est pas toujours inspirée », dit le journaliste... J’en dirais autant de Pierre Gattaz, mais, ajoute-t-il,   « Quand elle interprète Sandra, dans Deux jours, une nuit, de Jean-Pierre et Luc Dardenne, elle subjugue ».
C’est toute la différence entre Sandra et Pierre, Pierre ne subjugue pas, ni par la pertinence de ses idées, ni par son art de la communication.


Finalement, ils ne sont pas dans le même bateau…
 

Bertrand Lumineau

 

 

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